mardi, juin 20, 2006
Gen 32: 24,26.
Le combat de Jacob.
"24 Jacob demeura seul. Alors un homme lutta avec lui jusqu'au lever de l'aurore.
25 Voyant qu'il ne pouvait le vaincre, cet homme le frappa à l'emboîture de la hanche; et l'emboîture de la hanche de Jacob se démit pendant qu'il luttait avec lui.
26 Il dit: Laisse-moi aller, car l'aurore se lève. Et Jacob répondit: Je ne te laisserai point aller, que tu ne m'aies béni."

Un rêve, un cauchemar.
Jacob est d'une nature calculatrice et impulsive à la fois. Les versets précédents racontent qu'il va, la peur au ventre, à la rencontre de son frère. A la rencontre de celui à qui il a volé son droit d'aînesse et la bénédiction paternelle. Il a fait "de la route" depuis cette histoire. Il a femme et enfants, beaucoup de biens en troupeaux et serviteurs. Il sait que son frère avance vers lui avec 400 hommes, il pourrait fuir... Il va pourtant à sa rencontre, en calculant chaque étape avec ingéniosité... mais il est angoissé.
S'il y a bien une caractéristique qui est propre à Jacob, c'est son ingéniosité et dans son calcul permanent pour arriver à ses fins, sa créativité surprenante.
Est-ce donc une hallucination que cet étrange rêve? S'il, comme le narre le récit, est resté seul, qui pourra témoigner?
Est-ce une simulation de ses pires angoisses? Un rêve pour exorciser ses peurs? Résoudre son propre conflit intérieur avant de se heurter à son frère?
La vie est un combat.
Petits ou grands, nous sommes assaillis à chaque instant. Parfois, rien que pour se lever le matin et d'en être épuisé d'avance... Il faut se faire violence. Petites violences ou latences, nous marchons ainsi par impulsions... Pourtant, nous ne sommes pas par nature belliqueux! Mais chaque jour, la vie est un combat dans le sens où elle nous oblige, sans cesse, à faire des choix, marquer des temps, passer des étapes. Et en l'occurrence, c'est ce qui arrive à Jacob, il s'agit pour lui de passer cette étape qui consiste à changer de comportement, de s'en remettre au pardon de son frère. Perdre le contrôle de toute chose pour le regagner.
La genèse est LE livre des mythes fondateurs. Tout y est symbolisé, imagé. Les circonstances, les personnages, leurs épopées, le décor qui les entoure, est d'une fantastique poésie. Poésie de la découverte, musiques des rythmes, résonance des idées.
Voir Dieu.
Certaines traductions parlent d'un combat avec un homme, ou avec un ange. Jacob dit qu'il a fait face à Dieu. Lutte-t-il contre lui-même ? Dans un rêve, on pourrait aspirer à de plus nobles circonstances pour rencontrer Dieu... Qu'un corps à corps pareil!
Il faut alors chercher qui est Dieu pour Jacob en comparaison de notre propre vision pour comprendre. Poser la problématique: Jacob acculé devant une situation émotivement extrêmement intense. Lui qui faisait fie de tous les défis, prenait le contrôle de toute situation... quitte à le voler, se retrouve... seul... face à un choix, un combat.
Écouter la narration et capter chaque piste. Il est seul, jusqu'au dernier moment, il a fait avancer ses biens, sa famille, c'est son tour de passer la rive, de laisser son passé derrière et d'avancer... Et sa vision de son Dieu sera personnelle, et la vision qu'il aura de son Dieu est emprunte de sa violence, de sa hargne, de sa difficulté à lâcher prise.
Un combat, où il se retrouve... et négocie, comme il l'a toujours fait. Sauf que cette fois çi, il négocie sa défaite et non sa victoire. Celui qui combat et va vaincre ne tire de leçon qu'à la mesure des épreuves rencontrées. Tout l'art du combat est d'utiliser la propre force de l'adversaire pour le soumettre. Pour donner des coups, il faut être suffisamment proche pour toucher, il faut prendre le risque d'en recevoir Plus l'adversaire est fort et puissant, plus la force qu'il dépliera sera terrible et efficace... contre lui-même. Un combat est mené sur une rythmique qui alterne l'appréciation de la situation, l'évaluation des réserves de l'adversaire, ses propres possibilités. Un combat se joue sur des équilibres précaires, pour frapper, il faut se découvrir, pour faire basculer l'autre, il faut soi-même déplacer son centre de gravité. C'est un combat de nuit cad secret, dans l'ombre. L'aurore et sa lumière servent de menace. Jacob, qui se prépare à la soumission devant son frère, redemande à son père sa bénédiction. Ce Père là, ne se dupe pas, ne se leurre pas au "touché du bras". Ce n'est pas un homme sur son lit de mort. Ce vis-à-vis ressemble à certaines de ces luttes qui prêtent aux vainqueurs le gain de la force, de la personnalité même du vaincu. D'autres cultures auraient tranché la tête du perdant, bu son sang, mangé sa chair pour s'accaparer ses pouvoirs. Celui-là lui changera son nom, changera son destin. Une étrange bénédiction... comme d'égal à égal... avec toute la conscience que quelque chose d'immense vient d'être accordé. L'apprentissage de la soumission.
Bénédiction par la force.
Et Jacob arrive à ses fins. Mais il a changé. Il est marqué physiquement par une blessure qui exprimera cette faiblesse autrefois cachée. Il est vainqueur parce qu'il a lâché prise. Parce qu'au lieu de s'acharner, il a laissé partir son adversaire après lui avoir demandé... de l'aimer. A-t-il vraiment perdu son équilibre ou est-il à jamais « en tension » ? Et cette jointure déboîtée et douloureuse où le tendon qui relie son corps à sa jambe solidement plantée au sol… (Ne dit-on pas avoir les deux pieds sur terre), n’était-elle pas le souvenir du choix que Jacob a fait de se laisser dessouder de son pied d’estale de certitudes, de s’être laisser allé dans sa fureur et chose étrange pour un boiteux, d’avoir gagné la stabilité.
NLM – 14/06/2006.
"24 Jacob demeura seul. Alors un homme lutta avec lui jusqu'au lever de l'aurore.
25 Voyant qu'il ne pouvait le vaincre, cet homme le frappa à l'emboîture de la hanche; et l'emboîture de la hanche de Jacob se démit pendant qu'il luttait avec lui.
26 Il dit: Laisse-moi aller, car l'aurore se lève. Et Jacob répondit: Je ne te laisserai point aller, que tu ne m'aies béni."

Un rêve, un cauchemar.
Jacob est d'une nature calculatrice et impulsive à la fois. Les versets précédents racontent qu'il va, la peur au ventre, à la rencontre de son frère. A la rencontre de celui à qui il a volé son droit d'aînesse et la bénédiction paternelle. Il a fait "de la route" depuis cette histoire. Il a femme et enfants, beaucoup de biens en troupeaux et serviteurs. Il sait que son frère avance vers lui avec 400 hommes, il pourrait fuir... Il va pourtant à sa rencontre, en calculant chaque étape avec ingéniosité... mais il est angoissé.
S'il y a bien une caractéristique qui est propre à Jacob, c'est son ingéniosité et dans son calcul permanent pour arriver à ses fins, sa créativité surprenante.
Est-ce donc une hallucination que cet étrange rêve? S'il, comme le narre le récit, est resté seul, qui pourra témoigner?
Est-ce une simulation de ses pires angoisses? Un rêve pour exorciser ses peurs? Résoudre son propre conflit intérieur avant de se heurter à son frère?
La vie est un combat.
Petits ou grands, nous sommes assaillis à chaque instant. Parfois, rien que pour se lever le matin et d'en être épuisé d'avance... Il faut se faire violence. Petites violences ou latences, nous marchons ainsi par impulsions... Pourtant, nous ne sommes pas par nature belliqueux! Mais chaque jour, la vie est un combat dans le sens où elle nous oblige, sans cesse, à faire des choix, marquer des temps, passer des étapes. Et en l'occurrence, c'est ce qui arrive à Jacob, il s'agit pour lui de passer cette étape qui consiste à changer de comportement, de s'en remettre au pardon de son frère. Perdre le contrôle de toute chose pour le regagner.
La genèse est LE livre des mythes fondateurs. Tout y est symbolisé, imagé. Les circonstances, les personnages, leurs épopées, le décor qui les entoure, est d'une fantastique poésie. Poésie de la découverte, musiques des rythmes, résonance des idées.
Voir Dieu.
Certaines traductions parlent d'un combat avec un homme, ou avec un ange. Jacob dit qu'il a fait face à Dieu. Lutte-t-il contre lui-même ? Dans un rêve, on pourrait aspirer à de plus nobles circonstances pour rencontrer Dieu... Qu'un corps à corps pareil!
Il faut alors chercher qui est Dieu pour Jacob en comparaison de notre propre vision pour comprendre. Poser la problématique: Jacob acculé devant une situation émotivement extrêmement intense. Lui qui faisait fie de tous les défis, prenait le contrôle de toute situation... quitte à le voler, se retrouve... seul... face à un choix, un combat.
Écouter la narration et capter chaque piste. Il est seul, jusqu'au dernier moment, il a fait avancer ses biens, sa famille, c'est son tour de passer la rive, de laisser son passé derrière et d'avancer... Et sa vision de son Dieu sera personnelle, et la vision qu'il aura de son Dieu est emprunte de sa violence, de sa hargne, de sa difficulté à lâcher prise.
Un combat, où il se retrouve... et négocie, comme il l'a toujours fait. Sauf que cette fois çi, il négocie sa défaite et non sa victoire. Celui qui combat et va vaincre ne tire de leçon qu'à la mesure des épreuves rencontrées. Tout l'art du combat est d'utiliser la propre force de l'adversaire pour le soumettre. Pour donner des coups, il faut être suffisamment proche pour toucher, il faut prendre le risque d'en recevoir Plus l'adversaire est fort et puissant, plus la force qu'il dépliera sera terrible et efficace... contre lui-même. Un combat est mené sur une rythmique qui alterne l'appréciation de la situation, l'évaluation des réserves de l'adversaire, ses propres possibilités. Un combat se joue sur des équilibres précaires, pour frapper, il faut se découvrir, pour faire basculer l'autre, il faut soi-même déplacer son centre de gravité. C'est un combat de nuit cad secret, dans l'ombre. L'aurore et sa lumière servent de menace. Jacob, qui se prépare à la soumission devant son frère, redemande à son père sa bénédiction. Ce Père là, ne se dupe pas, ne se leurre pas au "touché du bras". Ce n'est pas un homme sur son lit de mort. Ce vis-à-vis ressemble à certaines de ces luttes qui prêtent aux vainqueurs le gain de la force, de la personnalité même du vaincu. D'autres cultures auraient tranché la tête du perdant, bu son sang, mangé sa chair pour s'accaparer ses pouvoirs. Celui-là lui changera son nom, changera son destin. Une étrange bénédiction... comme d'égal à égal... avec toute la conscience que quelque chose d'immense vient d'être accordé. L'apprentissage de la soumission.
Bénédiction par la force.
Et Jacob arrive à ses fins. Mais il a changé. Il est marqué physiquement par une blessure qui exprimera cette faiblesse autrefois cachée. Il est vainqueur parce qu'il a lâché prise. Parce qu'au lieu de s'acharner, il a laissé partir son adversaire après lui avoir demandé... de l'aimer. A-t-il vraiment perdu son équilibre ou est-il à jamais « en tension » ? Et cette jointure déboîtée et douloureuse où le tendon qui relie son corps à sa jambe solidement plantée au sol… (Ne dit-on pas avoir les deux pieds sur terre), n’était-elle pas le souvenir du choix que Jacob a fait de se laisser dessouder de son pied d’estale de certitudes, de s’être laisser allé dans sa fureur et chose étrange pour un boiteux, d’avoir gagné la stabilité.
NLM – 14/06/2006.